14/09/2009

La critique du Silence d'Aurore (suite)

Les voyages du deuil

 

Le Silence d’Aurore est un cri. Un long cri justifié. Qui résonne longtemps, subtile. Le dernier roman de Benoît Coppée a dû coûter à son auteur. On ne sort pas indemne de telle écriture, cela vaut pour le lecteur, mais aussi pour l’écrivain. (…)

 

Le Silence d’Aurore est le récit d’un deuil. D’emblée. « Tu es morte le douze mars à treize heures dix. » en est la première phrase. D’emblée et emblématique. L’auteur travaille avec des allusions, des fragments poétiques qui ne s’assemblent en un roman cohérent que petit à petit, suivant le cours des nombreux petits chapitres. Une histoire presque féerique se greffe sur une autre apparemment distincte déjà entamée dès cette première phrase coup de poing ; ce n’est que bien plus tard que les deux se rejoignent et complètent le lyrisme de l’ensemble. Formellement le choix des chapitres courts est très intelligent, il permet au lecteur de respirer, étourdi qu’il est par un contenu grave et très dur, ainsi que par un travail sur la langue des plus élégants. (…)

 

(…) Ainsi naît une magnifique méditation sur l’amour, poétique, triste, percutante. Une méditation sur l’amour, la femme et le désir, la morale, la violence, la mort et le renouveau. Et aussi, la littérature. « Ils écrivent des livres, les écrivains, pour dire toutes les lumières de la femme. Ils n’écrivent que pour l’oracle. Ils racontent pour que l’inconnu soit reconnu. Pour que le méprisant soit rajusté. Ils glissent un à un les mots sur un fil d’amour. Ils souhaitent ce fil le plus clair possible. (…) Nés du claquement entre le poing et la joue, ils pratiquent l’éthique. »

 

Le Silence d’Aurore est un roman intense. Qui finit dans un manège éclatant de poésie aboutie. Bien loin de toute niaiserie sur la croyance en l’espoir, il brasse la douleur et le deuil actif en profondeur, sonde d’innombrables facettes de la rencontre et de l’union des humains et, de manière implacable, redonne un peu de noblesse à l’existence humaine ; le tout dans un lyrisme des plus maîtrisés qui, dans certains passages, frôle l’excellence d’un Rilke. Un roman initiatique avec comme point de départ la mort, et que l’auteur dédie « à la vie transmise ».

 

Tom Nisse

Bruxelles, septembre 2009

15:39 Écrit par Oh ! Th dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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