08/01/2008

Fascinante India fascinante

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Je rentre d’Inde. Autant dire Je rentre de la Lune. Je rentre, en vérité, de la lumière. En vérité, de la couleur. En vérité, de la mort. En vérité, de la joie. De tout cela, je rentre. Je rente d’Inde. Mes photos souffrent des secrets qu’elles ont emprisonnés mais qu’elles n’ont pas compris. Je rentre d’Inde et mes doigts ne savent plus écrire. Mon esprit, à peine, peut-il encore composer, à tâtons, avec mille efforts, quelques notes fragiles, quelques songes bleus, quelques froides musiques. Je rentre de là-bas. Je reviens du riz. Je reviens du thé. Je reviens du poivre. Je reviens du café. Je reviens du bruit. Et du silence. Je reviens. Oui. Des fleurs. Et des pleurs. Je reviens des rouges. Et des rires. Je reviens des blancs. Des orange et des verts. Je reviens du feu et je reviens du vent. Je reviens des bracelets aux chevilles des femmes. Et de leurs cheveux noirs. Je reviens du sable et de l’eau. Je reviens de là-bas, à l’autre pôle de nos humanités. C’est le règne du souffle. Il bruisse dans les yeux. Et, comme une arithmétique, de comprendre le rire ouvre à l’infinitude, au ciel, aux galaxies. A la joie. Oui, à la joie sur les lèvres de la mort. Je reviens du filet des pêcheurs dans les yeux des cargos. Je reviens des huttes dans la paume des multinationales. Là-bas, en bordure de l’Océan indien, on lit le sacré dans les coquillages et dans l’or du soleil. On surprend le voile des tendresses et les gestes des superbes. Je rentre d’Inde. Dans la forêt profonde, j’ai croisé l’arrière petite fille de Mowgly. Au bord de la rivière. Je me suis assis. Je l’ai observée. A respiration d’homme. Les mains jointes. Les pieds nus. Et j’ai prié. Sans que personne ne le sache. Pour qu’elle me donne la grâce de ne plus craindre ni hier, ni aujourd’hui, ni demain. Lentement. La femme de la rivière. Pour qu’elle m’offre un bout de ses grâces plurielles. Un peu de ses pas. Un brin de sa marche. Une miette de sa noblesse. Pour qu’elle me donne la puissance de croire au soleil comme on croit aux paroles de l’eau. Comme on croit à l’oiseau. Qu’elle m’offre l’équilibre primal. Dans le ventre de la forêt profonde, j’ai prié. Que l’Inde, à travers cette femme, me fasse don de ses sagesses. Qu’elle modifie l’axe de mes cellules. Vers le sourire. Et j’ai prié. Et je prie toujours. Je rentre d’Inde. Je me sens pâle. Diaphane. J’erre dans une ville grise. Mes yeux cherchent la rivière. Et la femme de la rivière. Et les femmes. Et les hommes. Et les enfants. Et le ciel bleu. Et les arbres. Et les singes. Et les fleurs. Et les rires. Et les dents blanches, croissant de lune pour éblouir les yeux cacao. Et le partage d’un sourire. Une offrande. J’erre dans une ville grise. Je cherche un temple où déposer un grain de riz, une once de kumkum. Je cherche une main. Je cherche une odeur. Je reviens de la beauté du monde. Je reviens d’une fleur. Je suis sa graine jaune dans le souffle de ma ville éteinte.

 

Benoît Coppée

18:28 Écrit par Oh ! Th dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Il y a qq années, j'ai vibré quatre semaines au contact de la Beauté, de la Simplicité, du Mystère de la Terre de Gandhi !
Les couleurs, les odeurs, la chaleur, les sourires, la prière . . . c'est un Souffle de Sagesse de l'Inde que tu nous fais partager !
Merci, Benoît !

Écrit par : Brangäne | 15/01/2008

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