24/10/2005

Les araignées

Dans le Nord, ce matin, j’étais à Ath. Dans cette ville, les géants sont plus grands que les tours déjà grandes. Dans cette ville, l’eau d’un canal s’élève lentement, se hisse, glisse et pénètre le ciel, han, d’un coup de couteau, d’un coup de rein. Dans cette ville, sur mes yeux, des oiseaux déposent des signatures blanches et grises. Du bout de mes cils, je pense à Folon. Je touche l’eau. Elle est froide. Je ferme les yeux. J’arrête de respirer. J’y plonge la tête. Folon y aurait mis de la couleur. C’est sûr : un petit arc-en-ciel. Quoique. Ce canal peut être de bronze. Comme certaines statues. Alors, Folon s’y retrouve quand même. Sur la route, dans les embouteillages pour entrer dans Bruxelles, j’écoute le dernier album d’Alain Souchon. Il parle de notre monde à deux balles. Souvent, c’est vrai. Bruxelles, ma ville, se laisse prendre à la gorge par les grandes mains d’araignées de plus en plus nombreuses. Ronde inouïe des corps aux petits doigts, aux cris graves, aux haleines misérables, aux gestes lents, aux oblongues attentes. Ces araignées ressemblent à des voitures, à des camions. J’ai peur. J’ai mal. Et Souchon, toujours, qui sort des baffles fabriqués avec du pétrole : Loin de la nature, mon cœur durcit. Chez moi, c’est pareil. Malgré les milliers de phares qui m’aveuglent, dans l’autre sens, Souchon a trouvé les mots qui me conviennent. Moi aussi, je suis trop loin du vent, trop loin de l’air. Moi aussi, je chante la vie Théodore. La main noire autour du cou de ma ville, de ma planète nous étrangle fort, nous asphyxie fort. Où est l’arc-en-ciel ?

 

Benoît Coppée



18:53 Écrit par Oh ! Th | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

ma ville Ce matin tu étais dans ma ville. La chère ville de mon enfance, où les années se comptent à partir du quatrième dimanche d'Août, quand les géants se mettent à danser. Chaque géant est pour moi un parent, un ami, une soeur à qui je rend visite chaque été. Le canal y est bas à certains endroits, de bronze peut-être, mais ailleurs, la Dendre enlace la ville et coule paisiblement sous les arbres qui dans ma mémoire sont toujours verts. Dans mes souvenirs, les rues de vieilles briques sont toujours ensoleillées et le arbres du parc brillent des feux de l'automne comme quand je rentrais de l'école.

Écrit par : véronique | 24/10/2005

Elle est belle, la ville de ton enfance Quel beau témoignage que le tien sur ta ville d'Ath, Véronique. La ville de ton enfance. Lorsque j'y suis passé, hier, il y pleuvait comme aujourd'hui il pleut sur Bruxelles. Il fallait se cacher dans les bistrots ou sous les porches pour ne pas se faire inonder. Les hommes et les femmes étaient balayés par des rafales de vents multiples et forts comme des taureaux. Il y avait un charme incroyable. J'ai pris des photos pour me souvenir. J'ai mangé sur la Grand-Place. Une paëlla chez Salvatore. Avec un verre de vin blanc.

Benoît

Écrit par : Benoît | 25/10/2005

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